Il y a quelques années, lors dune journée du patrimoine, j’ai pu visiter l’abri Sadi Carnot, et entendre les témoignages de ceux qui ont vécu les évènements de septembre 1944, que beaucoup de brestois ignorent
L’abri Sadi Carnot est creusé en pleine ville de Brest de 1941 à 1942 par Messieurs Estrade et Pommeret. Il s’étend sur une longueur de 560 mètres entre la porte de Tourville (porte de l’arsenal) et la place Sadi Carnot (centre-ville) à une profondeur variable.
Le 31 juillet 1944, les Américains effectuent la percée d’Avranches et foncent vers Brest sans rencontrer de résistance. Le général Patton est persuadé qu’une semaine lui suffira pour faire tomber Brest. Le 7 août, Les premiers blindés américains se trouvent du côté de Milizac. Les troupes américaines qui amorcent un mouvement de contournement de la ville se retrouvent cloués par des tirs d’artillerie. C’est le début du siège de Brest. Il durera 43 jours avant la reddition des Allemands le 18 septembre 1944.
le 14 août, les civils qui se trouvent encore dans Brest évacuent. L’abri Sadi Carnot est alors le siège de ce qu’il reste des services administratifs de la municipalité. Victor EUSEN est alors le Président de la Délégation Spéciale qui assurer la survie des 2 000 Brestois restés dans la cité. La moitié de l’abris (256 mètres) occupée par la population civile (de la place Sadi Carnot à la rue Amiral Linois). La partie occupée par les troupes d’occupation s’étendait de la rue Amiral Linois à la porte Tourville.
Le 3 septembre, le Général Ramcke convoque Monsieur Eusen et lui annonce qu’il se défendra jusqu’au dernier homme dans les fortifications de la ville. Il exige l’évacuation de tous les civils car il a besoin des abris. Mais cele-ci est devenue impossible. Il consent à laisser aux Français une partie de l’abri Sadi Carnot à condition qu’ils n’en sorteny plus. Il accueillait principalement les dirigeants de la Délégation Spéciale, les services municipaux, le service sanitaire, des infirmières de la Croix Rouge, des dirigeants du Secours National, des assistantes sociales, une dizaine de religieuses des Ordres de l’Assomption, de la Providence et de Bon Secours et des membres de la Défense Passive… Du coté allemand il y a des soldats de la division Todt et des parachutistes de la compagnie de réserve.
C’est dans la nuit du 8 au 9 septembre 1944 qu’a lieu la catastrophe. Nul ne sait exactement ce qui la déclenche : Probablement du à la grande quantité de munitions entreposées coté allemand, à la réserve de carburant, et à l’utilisation d’un groupe électrogène, un incendie éclate dans la nuit.
Ceux qui réagissent rapidement sortent dans les fumés après avoir monté les 154 marches de l’ escalier. Un grondement sourd d’une énorme puissance ébranle la voûte. Ceux qui sont au bout du tunnel sont éjectés comme des fétus de paille. Les autres sont coincés contre la grille qui s’est refermée sous le choc ou mort à l’intérieur. Toutes les munitions ont explosé transformant le long tunnel en un véritable canon. Les flammes s’élèvent à 30 mètres au-dessus de l’entrée. 373 Français sont mort, carbonisés d’un seul coup; 5 à 600 Allemands auraient été tués. Monsieur Victor Eusen est au nombre des victimes.
L’abri Sadi Carnot est remodelé dans les années 60 pour en faire un abri anti-atomique. On peut voir à l’intérieur de l’abri deux grosses portes blindées ainsi qu’un cénotaphe.
Je vous invite à aller voir ce site qui apporte de nombreux témoignages.
Aujourd’hui l’abri Sadi Carnot va être mis en valeur, pour devenir un vrai lieu de mémoire… Profitez des visites des journées du patrimoine pour entendre les derniers survivants, et discuter avec eux…’